Haiti "tent" tant haie

Publié le par Jean Joel Lemarchand

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A l’heure où ces lignes sont écrites, le désastre, le martyre, saisissent d’effroi l’opinion populaire de la communauté internationale, 100.000 morts, la désolation partout et la solidarité qui s’exprime, celle que les forces de l’argent n’ont jamais prodiguée à Haïti depuis plus de deux siècles. Oui principalement, la dette habite les rapports de la France à Haïti, la France coupable d’avoir emprisonné celui qui abolit l’esclavage dont l’un des généraux battit Napoléon, oui la dette exigée en millions de francs or pour faire payer la libération d’Haïti. Oui, la dette d’aujourd’hui d’un pays maintenu dans la misère par tous les pays développés, pays de Duvalier, des tontons macoutes, de toutes les abominations dictatoriales, trafics d’organes et trafics d’enfants. Un pays qui n’a jamais eu de fondements de puissance publique, de bâtiments antisismiques alors qu’Haïti est sur une grande fracture, rien de naturel et de fatal dans tous ces désastres, raison de plus pour nous interroger sur notre manière de faire vivre la mémoire, notre mémoire peut-elle continuer à ignorer l’esclavage, le racisme, l’aspiration des populations françaises d’origines antillaise et africaine. Nos commémorations n’ont-elles pas besoin d’évoluer en prenant en compte notre histoire coloniale, Haïti Polynésie, Afrique centrale, Afrique du nord et Indochine. Faut-il s’en tenir à la seule répétition sacrée des mêmes grands événements à une seule mémoire de commémoration si respectable soit elle ? Alors puisque tous disent que le redressement d’Haïti sera très long, raison de plus pour faire vivre le socle de la mémoire et de la culture, le socle de la littérature haïtienne. Commençons par le dictionnaire, à regarder comme une notice de vie et de nécrologie :

« Toussaint Louverture - François Dominique Toussaint dit » homme politique haïtien (Haïti, 1743-fort de Joux près de Pontarlier 1803) esclave noir, il fut un des chefs de la révolte et se rallia à la France révolutionnaire qui venait d’abolir l’esclavage 1794. En 1800 il proclama l’autonomie de l’ile et prit le titre de gouverneur général de Saint Domingue. Il fut un bon administrateur mais Bonaparte envoya contre lui les troupes du Général Leclerc devant lequel il capitula en 1802 emprisonné en France, il mourut des suites du climat rigoureux. Dessalines lui avait succédé, bientôt chassé par l’ancien adversaire de toussaint Pétion. Il devait son surnom de l’ouverture aux brèches qu’il ouvrait au rang des ennemis. »

 

Oh combien précieux est le dictionnaire qui passe de l’esclavage noir à la qualité d’homme politique mine de rien, et qui montre comment dans le nom s’inscrivent les batailles qui ouvrent des brèches. Dictionnaire qui montre aussi la filiation révolutionnaire qui nous lie à Haïti.

 

Merci à cette mémoire, à ce « dit » qui passe de l’esclavage à l’état d’homme, à l’ouverture qui est une brèche dans le rang des ennemis. C’est cet acte de mémoire que nous avons à commémorer, en francais et en créole, dans la belle altération criole, une belle crioline. On parle le créole du Français ou le français du Créole en Haïti.

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Publié dans Expression des élus

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