Des vessies pour des lanternes
« On ne peut pas laisser détruire ce que des générations ont mis à construire »
Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est là une citation de Nicolas Sarkozy datée du 7 mai 2010. Mais il ne parlait bien entendu pas des acquis sociaux, du droit à l’accès aux soins, à la justice, à l’éducation, … Non, il parlait de ce qui est à ses yeux essentiel de sauver : l’euro et le système financier européen. Pour le sauver, des centaines de milliards d’euros sont subitement disponibles. Pourtant on nous l’a dit et répété, les caisses sont vides.
Alors, comme de bien entendu, c’est encore et toujours aux ménages à qui l’on va faire appel : pas ou peu d’augmentation des salaires (pour mémoire, le plan d’aide à la Grèce, c’est 3 ans de salaires bloqués ! ! !), le non remplacement d’un fonctionnaire sur 2 : il arrivera un jour où il n’y en aura plus du tout.
Qui fera la classe ? Les piqûres à l’hôpital ? La distribution du courrier ? Le nettoyage des rues ? L’entretien des bâtiments, etc ?
Et chez nous me direz-vous ? Chez nous, l’arrivée de l’euro (qu’il faut à toutes forces sauver d’après notre président), c’est la multiplication par 6 du prix de la baguette de pain. (pas des salaires ! ! !), c’est 9,5% d’augmentation du prix du gaz le mois dernier (directive européenne ! ! !), c’est l’augmentation (en grande partie cachée) du nombres de chômeurs, de celui des personnes sous le seuil de pauvreté, c’est l’explosion de l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires. C’est la remise en cause quasi quotidienne de ce que des générations ont mis à construire : une société solidaire, où les acquis sociaux ont une certaine valeur.
On nous parle de solidarité avec le peuple grec. Je ne peux me résoudre à entendre ce mot quand il s’agit de geler les salaires pour les 3 prochaines années, quand la TVA grecque va augmenter de 2%, quand les responsables désignés sont les fonctionnaires grecs, ceux qui sont au service de la population.
Alors, si je dois partager les mots et les expressions avec le Président de la République, c’est avec regret que je dois constater qu’une fois encore, en les utilisant, il tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.